Crowdsourcing …(Crowdwatching)… Crowdfunding

Contrairement à la télévision ou la radio, internet est un médium sur lequel le récepteur peut se voir. Évidement on ne se voit pas sur le web comme on voit notre corps dans l’espace physique. Nous nous construisons sur les réseaux sociaux une identité que l’on doit assumer publiquement, qu’elle soit proche ou non de celle que nous avons physiquement. Il s’agit là d’un reflet, un profil, un aperçu de l’individu que certains laissent apparaitre, et d’autres montrent ostensiblement. Ok pour la partie « profil » que les utilisateurs créent et entretiennent eux-mêmes, mais il y a un autre moyen de se voir sur internet, notamment par les traces que nous laissons. Le web n’est d’ailleurs qu’une somme de toutes les traces laissées par ses utilisateurs. Même sans forcément créer du contenu, nous laissons des traces par simple navigation. Nous ne nous en rendons pas toujours (voir rarement) compte mais la moindre page consultée peut retenir notre passage, savoir d’où nous venons (car un lien sur la page web précédente nous a emmené à la page actuelle) et où nous sommes susceptibles d’aller car d’autres liens nous y emmènent. Même au-delà du web, nos actions et présences sont visibles sur le réseau, ces traces doivent être perçues par l’ensemble des utilisateurs car il en va du bon fonctionnement du service. Imaginez Msn messenger, Skype, sans voir la présence « en ligne » d’autres utilisateurs, un tracker de torrents sans le nombre de seeders ou Youtube sans le nombre de vues des vidéos, Facebook ou Instagram sans les likes, Tweeter sans les re-tweets…
Lorsque nous voyons une photo ou une vidéo sur un réseau social, elle est toujours accompagnée des traces des autres utilisateurs qui comme nous ont consulté l’image, certains ont même commenté ce qu’ils y voyaient. On a là une représentation d’une foule d’anonymes dont les regards convergent vers la même chose, et à travers cette chose la personne qui l’émet.

C’est bien connu, « le monde attire le monde ». C’est un fait établi dans le monde physique (« afk« ), qui se vérifie dans les espaces numériques. La représentation du monde est devenue indispensable dans notre pratique d’internet. Prenons par exemple le téléchargement en P2P (Peers to Peers, c’est à dire de « pairs à pairs ») sorte de « cyber-troc » que notre génération a découvert avec des logiciels comme Kazaa puis Emule, puis Limewire et aujourd’hui sur des sites dit « trackers » de torrents comme « thepiratebay » pour le plus connu d’entre eux. Sur les interfaces de ces logiciels, le nom du contenu qu’on est sur le point de télécharger est toujours accompagné du nombre de seeders (donneurs) et de leechers (preneurs). Ces nombres qui accompagnent chaque contenu nous indiquent le potentiel de rapidité d’obtention du fichier. À l’instar de tous les systèmes de distribution, plus il y a de donneurs, plus l’obtention est rapide, mais plus il y a de preneurs moins celle-ci est rapide. Et pour que le système se perpetue, les preneurs doivent à leur tour devenir donneurs. Évidement, quand on se retrouve face à une liste de fichiers téléchargeables, comme lorsque nous sommes dans une rue pleine de restaurants, nous allons choisir celui qui semble être le meilleur, et pour cela notre instinct grégaire est guidé par la foule qui peuple un restaurant, ou propose le téléchargement d’un fichier. C’est d’ailleurs à travers des plateformes telle que Kazaa que Jean Dujardin s’est fait connaitre dans les cours d’école, son gimmick « je t’ai cassé » ultra-reproductible avec son geste associé participait activement à un bouche à oreilles qui se répercutait lui-même sur le nombre de seeders.

Aujourd’hui nous sommes habitués à voir des chiffres associés à des contenus accessible sur internet qu’ils soient audio, vidéo et même écrit. La « e-réputation » ne se base que là-dessus, les chiffres. Sauf que aujourd’hui l’accès au contenu n’est plus le même, les plateformes de P2P laissent place aux plateformes de streaming, Megaupload est passé par là, qui a progressivement modifié nos habitudes de consommation de contenus. Les lois ont changées, et ce sont aujourd’hui les plateformes de streaming qui sont devenus l’accès standard aux contenus audiovisuels, Youtube en tête. Mais les chiffres, eux sont restés. À l’époque du P2P, les chiffres de « e-réputation » (seed/leech) déterminait la facilité d’accès au contenu, dont on pouvait ensuite déduire à peu près le nombre de vues. À l’époque du streaming, puisque l’accès au contenu est immédiat, la « e-réputation » ne traduit que le nombre de vues. Qu’est-ce que cela a changé sur le contenu et sur notre perception de celui-ci ? Je pense que ça a déplacé les seeders. La démarche d’un seeder qui uploadait du contenu sur Kazaa est devenues celle d’un créateur de contenu sur Youtube, un Youtuber. Quand aux leechers, ils ont disparus, du moins, ils n’entravent plus l’accès au contenu, au contraire ils peuvent la faciliter en la partageant (ils deviennent alors des curateurs) mais pour la majorité d’entre eux sont devenus de simples viewers, la « e-reputation » c’est eux.

Dans le scope francophone : hier Jean Dujardin sur Kazaa, aujourd’hui Norman sur Youtube, mais dans tous les cas la boucle « bouches à oreilles – foule de seeders/viewers » est bouclée.

À tel point que les chiffres qui participent à la « e-reputation » fait émerger un nouveau modèle économique, où le créateur de contenu est rémunéré au pro-rata du nombre de vues par vidéo, nombre d’abonnés par chaîne, où Google se place en intermédiaire direct entre le créateur et son public, il lui donne même des conseils sur ses productions audiovisuelles, une version pdf est également disponible…(il le fait aussi pour le design d’interfaces). Ces conseils vont bien sûr influencer l’esthétique et le contenu en général de la production. Ce qui est considéré par Youtube comme sa qualité en somme. On retrouve donc un effet de mimétisme dû à l’autorité que Youtube a sur ses créateurs de contenus, après tout, les créateurs n’auraient pas la réputation qu’ils ont sans Youtube, alors autant suivre ses conseils.

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