Genèse et définition du mème.

Cet article a pour but d’expliquer d’où vient le terme « mème », ce qu’il veut dire, comment et pourquoi il a été démocratisé grâce à internet.

« Mème » a été proposé pour la première fois par Richard Dawkins au chapitre 11 du Gène égoïste (1976) et provient d’une association entre gène et mimesis (du grec « imitation »). Les particularités de l’homme peut se résumer en un mot : « la culture ». Pour Dawkins la transmission culturelle est similaire à la transmission génétique dans la mesure où, bien qu’elle soit fondamentalement conservatrice, elle peut donner lieu à une forme d’évolution. Il prend par exemple le langage qui semble évoluer, en rapellant que Rabelais ne pourrait converser avec un français contemporain, même si ils étaient unis par une chaine de vingt générations de français, dont chacun pourrait parler à son voisin. Dawkins se considère comme un Darwiniste enthousiaste, mais pense que les théories darwiniennes peuvent s’appliquer à d’autres contextes que celle de l’évolution génétique. Le Gène n’est pour Dawkins qu’une analogie, rien de plus. Ce qu’il y a de si particulier dans les gènes c’est que ce sont des réplicateurs, et Dawkins pense que certains principes de biologie peuvent avoir des valeurs universelles.

Richard Dawkins dit que l’on peut trouver des mèmes dans la musique, les idées, les phrases clées, la mode vestimentaire, « la manière de faire des pots ou de construire des arches » et donc évidement dans la production graphique. Bref, à peu près tout ce que l’homme peut faire pour exprimer, exterioriser et transmettre une idée, avec sa bouche, ses mains et ses outils.

Comme pour les gènes qui se propagent dans ce qu’il appelle « le pool gènique » par les biais des spermatozoïdes et des ovocytes, les mèmes se propagent dans le pool des mèmes « en sautant de cerveau en cerveau par un processus qui, au sens large pourrait être qualifié d’imitation ». Dawkins cite ensuite son collègue N.K. Humphrey : « les mèmes devraient être considérés techniquement comme des structures vivantes, et non comme de simples métaphores. Lorsque vous plantez un mème fertile dans mon esprit, vous parasitez littéralement mon cerveau, le transformant ainsi comme un véhicule destiné à propager le mème, exactement comme un virus peut parasiter le mécanisme génétique d’une cellule hôte. Ce n’est pas seulement une façon de parler. Le mème pour, par exemple « la croyance de la vie après la mort » existe physiquement à plusieur millions d’exemplaires, comme l’est une structure dans le système nerveux humain. »

L’idée même de Dieu se réplique par la tradition orale et écrite, avec, en plus, la musique et les arts. Ce mème est très persistant dans le corps social car il fournit une réponse plausible à des questions profondes et troublantes sur l’existence, sa survie est aussi dûe à l’effet psychologique qu’elle a sur ses porteurs.

L’imitation au sens large est la façon dont les mèmes peuvent se répliquer, mais tous ne se répliquent pas correctement, certains mèmes réussissent mieux que d’autres. C’est typique de la sélection naturelle.
Longévité, fécondité et fidélité de la copie sont les trois points clés pour la propagation d’une mème, comme pour un gène.

    • La longévité est la notion la moins importante, pour n’importe quelle copie. Un air de musique que je connais par cœur comme « joyeux anniversaire » ou « ce n’est qu’un au-revoir » n’existera que pendant la durée ou j’aurais la capacité de me le remémorer, ce qui je l’espère sera le cas tout au long de mon existence.
    • La fécondité d’une copie est plus important pour la survie d’un mème que la longévité d’une copie particulière. Les tallons aiguilles, ou les chansons populaires sont des exemples de mèmes qui réalisent de forts succès mais sont relativement brefs, comparés à des lois religieuses qui peuvent se perpétuer pendant des milliers d’années, notamment à cause de la pérennité des écrits.
    • La fidélité de la copie indique si un réplicateur est bon ou pas. À priori à chaque transmission, l’idée est toujours un petit peu transformée, la répétition implique forcément la variation (Cf. Gabriel Tarde, un des premiers chapitre des « lois de l’imitation », ou « différence et répétition » de Deleuze).

Le mème se modifie à mesure de sa propagation, ce qui semble être l’opposé du « tout ou rien » tel qu’on le voit dans les gènes. Cependant si l’on s’y penche de plus près, l’héritage génétique mutent également, Dawkins prend dans sont chapitre sur les nouveaux réplicateurs la taille humaine ou la couleur de la peau. Malgré le métissage de la peau d’une personne, les gènes restent particuliers. Seulement ils sont tellement nombreux à s’occuper du teint de la peau qu’ils semblent fusionner.

Le contenu d’une seule unité mémique ne peut pas être connu dans sa totalité : Si un chant constitue un seul mème, combien de mèmes représentent une symphonie ? Un mème peut-il être un mouvement, une mesure, un accord ?
Si une image constitue un mème, l’est-il du fait de sa composition formelle, des couleurs employées, de la typographie utilisée ?
Les mèmes sont comme les gènes, divisibles en plus petites unités génétiques, et les unités en unités. Ils ne sont pas définis de manière rigide mais comme unité pratique où la taille du chromosome donne une copie suffisament fidèle pour etre viable pour la selection naturelle.
Richard Dawkins prend pour exemple ses contemporains scientifiques qui croient tous à la théorie de Darwin, mais ils n’ont pas tous gravé dans leurs cerveaux une copie exacte de ce que Darwin a écrit. Ils ont appris sa théorie à partir d’écrits plus récents, et chaque individu à sa manière d’interpréter la théorie de Darwin. Tant est si bien que si Darwin lisait un Darwiniste il reconnaitrait à peine sa théorie.
« Les différences résidant dans la façon dont les gens se représentent la théorie ne font alors, par définition, pas partie du mème. Si la théorie peut se diviser en éléments tel que des gens croient en l’élément A et non en l’élément B, et que d’autres croient en B et non en A, il faudrait considérer A et B comme des mèmes différents. Par contre si presque tout le monde croient en A et en B ( si les mèmes sont étroitement liés, pour reprendre le terme génétique) il convient de les réunir en un seul mème.

Sur un mème internet, ce sont donc les associations de différents éléments qui constituent un seul mème. Par exemple le caractère impact (élément A) en blanc (élément B) par dessus une photo ou une illustration (élément C).

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2 réflexions sur “Genèse et définition du mème.

    1. Je pensais le mettre dans la première partie « Support et échelle de propagation », puis dans la deuxième sous-partie « le rôle social du spectateur ». Dans l’idée que les mèmes se déplacent « de cerveaux en cerveaux » grâce aux réplicateurs qui les propagent. Mais en même temps, les notions d’imitation et de simplification narrative (sous-parties 1 et 4 du Grand I) sont aussi évoquées. Je vais voir comment articulé tout ça…

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