L’écran fait écran

Les interfaces des plates-formes majeures sur internet (type Youtube, Facebook, etc…) nous montrent systématiquement un contenu agrémenté de son nombre de vues, son audimat en d’autre terme, qu’il s’agisse d’une image, d’une vidéo ou d’un texte. Lorsque nous voyons ces contenus accompagnés de chiffres, notre perception en est modifiée. Et lorsqu’il s’agit de quelqu’un à l’écran, ce qu’il dit, ou la manière dont il le dit, la forme de son expression (travaillée lors de sa production) perd de sa valeur, au profit de ce chiffre qui retranscrit l’audimat, donne une idée de la taille de la foule qui a vu, qui ne fait pas partie du contenu, mais s’avère indissociable du contenant, du support de diffusion.

C’est le remplacement du talent par la notoriété. Chaque spectateur devrait en avoir conscience, car il n’est pas certain que ce soit une bonne chose pour notre société que ceux qui la composent ne puisse faire la distinction entre ce qui est bien fait et ce qui est connu. On oublie aussi très facilement que la critique est aisée mais l’art est difficile. Depuis l’avènement de la télévision, celui qui regarde l’autre à travers l’écran peut se dire que demain il pourrait être à sa place, qu’il pourrait lui aussi acquérir une notoriété. Et c’est cette notoriété qui devient la valeur de référence. Le spectateur participe automatiquement, puisqu’en regardant il fait partie de l’audimat, il rajoute «1 » au nombre total de vues.

De plus, l’interactivité : quand on «like » on dit qu’on existe, et comme lors des jeux à Rome, nous sommes tous des Jules César des temps moderne. On exprime de manière extrèmement binaire, ce qui mérite d’être vu ou pas. Sans aucunne nuance possible entre «j’aime » et «j’aime pas ».

Cette interaction, cette capacité de faire décider la masse de ce qui est bon ou mauvais est apparue avant les réseaux sociaux. On doit ce pouvoir donné au téléspectateur à la télé-réalité. En tapant 1 ou 2 pour décider qui de l’un ou de l’autre des candidats de «Big brother » ou «Loft story ». Envoyer un sms à une chaine de télévision est l’ancêtre de liker un contenu sur internet.

Interaction encore dans le pouvoir de partager un contenu : comme l’explique Michael Stevens tout le monde souhaite s’exprimer, cela peut prendre différentes formes : à travers la musique qu’ils font écouter aux autres, les vêtements qu’ils portent, la manière dont ils agissent, mais ce qu’il faut retenir ici c’est qu’ils font tout cela selon leurs connaissances, selon ce qu’ils savent sur ce qu’ils aiment et selon qu’ils souhaitent transmettre à leur entourage. La principale motivation de quelqu’un qui partage du contenu dans un réseau, créant ainsi le bouche à oreille sur ce contenu, ne concerne pas le contenu en soi, ou de celui qui le produit, mais bel et bien celui qui le partage. Partager, montrer, transmettre quelque chose c’est dire à son entourage «hey, regardez ce J’ai trouvé » ou «Moi, J’aime ça ». Michael Stevens s’amuse du fait qu’en anglais l’association entre «I like this » et «I am like this » est très proche. Ce que l’on partage se reflète sur notre vision de notre propre identité et également sur la perception que les autres ont de nous. Nous ne le faisons pas uniquement pour transmettre aux autres, mais aussi pour se montrer aux autres en tant que porteur de quelque chose. Exactement comme lorsque que l’on choisit de porter un vêtement ou un bijoux.

Selon Michael Stevens toujours :

« Le meilleur moyen d’attirer des spectateurs et de les rendre attentifs n’est pas d’être ce que votre audience voudrait que vous soyez, mais plutôt de dire, faire, et montrer des choses qui permettent à votre audience ou à vos étudiants d’être ce qu’ils veulent être. […] Mes épisodes semblent partir dans tous les sens simplement parce que je veux avoir des crochets pour attraper l’attention des gens et les intéresser autant que possible. […] Nous nous posons des questions parce que c’est amusant d’apprendre de nouvelles choses, de découvrir du savoir et de le mettre dans notre savoir personnel. Mais surtout et simplement parce que nous sommes la seule espèce animale en mesure de poser des questions, parce que nous savons que quelqu’un, quelque part peut nous répondre, nous aider dans cette quête perpétuelle d’être plus savant. »

Pour que l’audience reste « pendue aux lèvres » de quelqu’un, elle doit se retrouver dans ce qu’il dit ou fait. L’audience affectionne les éléments du discours dans lesquels elle se retrouve. Comme un miroir qui lui renvoie une bonne image d’elle même. La somme des individus qui constitue une foule est en mesure de modeler, refléter cette masse fluctuante, en constant mouvement. L’ensemble des actions d’une personne détermine l’identité qu’elle aura auprès d’un groupe, d’une communauté.

C’est typiquement le cas des Anonymous par exemple. Au delà de l’identité visuelle très forte que se donne ce mouvement hacktiviste (dont le masque de Guy Fawkes est là aussi directement une appropriation, récupéré de la bande dessiné V pour Vendetta, une imagerie délibérément issue de la culture populaire) c’est dans les actions que mène chaque individu autoproclamé membre du collectif que l’identité du groupe se forge. Détail amusant, ce groupe ne défend ses convictions quasi uniquement qu’avec des images. Leurs revendications se cristallisent par deux actions notables. D’une part les « attaques par déni de service » qui consistent à rendre caduque l’accès à un serveur par effet de surpopulation (dont l’aspect est lui-même gonflé par des robots agissant dans le sens des humains) retirant ainsi l’image du site web visé. D’autre part, le « défacement » (anglicisme de defacing ) désigne la modification non sollicitée de la présentation d’un site web, à la suite du piratage de ce site. Là encore, c’est l’image de la cible qui est attaquée. Par un processus de communication visuelle agressif et par substitution d’une image par une autre, la communauté des Anonymous fait littéralement écran. Ils attirent ainsi de nouveaux membres en surfant sur l’actualité des cibles qu’ils visent.

L’idole des vieux

Dans la société moderne la figure iconique de la star, et les phénomènes d’exploitation de la célébrité ont eu leurs moments de gloire grâce à l’industrie. Films et disques, étaient des objets supports d’icônes dont les moyens déployés pour vendre ses produits culturels étaient à l’échelle du monde. La jeunesse et son pouvoir d’achat naissant dans les années 1950 fut la première cible pour l’industrie culturelle, notamment aux États-Unis. Elvis Presley, Marylin Monroe pour ne citer qu’eux, furent les pionniers d’une longue liste d’icônes, que la jeunesse pouvait tranquillement adorer après en avoir acheté un morceau représentatif en vinyle, plastique ou papier.

Il est question ici de la création du modèle, que les gens se donnent pour façonner leur propre identité (ressembler à la star), ou leur œuvre (imiter ce que fait la star). Cela est mû par l’envie d’une classe sociale de se réaliser comme une autre classe, dominante au sein de la population selon Gabriel Tarde.

Les stars existent toujours et sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses mais leur scintillement à nettement diminué par rapport à l’âge d’or de la production culturelle «tangible ». Les stars d’aujourd’hui ne sont plus obligées d’être sur contrat pour être célèbre, cela en grande partie du fait que les moyens de production et de diffusion de la culture se sont drastiquement démocratisés à tel point qu’ils sont accessibles à tout ceux qui possèdent un ordinateur avec une connexion internet (le nombre d’internautes en 2014 est d’environ 2,9 milliards soit environ 40 % de la population mondiale).

Ce qui fait le «buzz » sur internet, que ce soit l’identité d’une personne ou une image, est dépendante des plates-formes sur laquelle elle naît et évolue. Malgré le très grand nombre de connexions possibles entre les gens, tout le monde ne peut être connecté avec tout le monde, et peu de gens le souhaite d’ailleurs. Les gens se connectent ensemble et interagissent entre eux dans le but de se rapprocher de ceux qui leur ressemblent, et qui peuvent potentiellement servir leurs objectifs communs, généralement autour d’un centre d’intérêt ou d’une pratique qu’ils partagent, des connaissances établies sur un sujet pour lequel ils souhaitent étendre le champs ou une culture commune qu’il souhaitent entretenir. De là naissent les communautés et les cultures de niches. Ces cultures de niches se sont démultipliées, et surtout sont devenues plus accessibles, moins underground grâce à nos outils de communications.

Le quart d’heure de célébrité semble également s’écourter de plus en plus. Internet est le lieu où personne ne se coupe la parole, mais où le temps d’écoute de la masse est aussi long que l’orientation d’une girouette dans la même direction.

Comment court un bruit.

Les rumeurs se basent principalement sur deux mécaniques pour se déployer : la mécanique émotionnelle du message délivré (ce que je perçois me touche personnellement, je me dois de réagir d’une manière ou d’une autre et emporté par l’émotion je risque de l’exprimer autour de moi) couplé à la part d’informationnel du message (je devrais m’en souvenir pour la prochaine fois où ça m’arrivera, ou il faut que j’en parle à untel car ça pourrait lui servir). Information et émotion, voilà les deux ingrédients de base de toutes bonnes rumeurs, légendes urbaines, légendes contemporaines, etc…

Notons ici que les folkloristes distinguent les légendes (qui sont dites comme vraies) des autres genres de la tradition orale tel que les contes merveilleux (qui sont narrés pour leurs valeurs divertissantes).

Légendes et rumeurs se propagent car elles ont en elles une part de véracité, qui leur permet d’être crues et donc de vivre plus longtemps dans l’esprit des gens. Dire quelque chose en l’affirmant comme vrai, que ce soit de manière explicite ou pas, est très fréquemment utilisé dans diverses formes de communications. Gustave Le Bon parlait déjà de l’autorité de la véracité, au début du xxe siècle :

«L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, constitue un sûr moyen de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, dépourvue de preuve et de démonstration, plus elle a d’autorité. Les livres religieux et les codes de tous les âges ont toujours procédé par simple affirmation. Les hommes d’État appelés à défendre une cause politique quelconque, les industriels propageant leurs produits par l’annonce, connaissent la valeur de l’affirmation. Cette dernière n’acquiert cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétées, et le plus possible, dans les mêmes termes. Napoléon disait qu’il n’existe qu’une seule figure sérieuse de rhétorique, la répétition. La chose affirmée arrive, par la répétition, à s’établir dans les esprits au point d’être acceptée comme une vérité démontrée. »

Le facteur émotionnel joue également un rôle dans la mémorisation de l’information. Ceux qui l’ont vécu, se souviennent où ils étaient le jour du 11 septembre 2001, par contre personne ne peut dire (sauf en cas de fête d’anniversaire) ce qu’il faisait la veille ou une semaine auparavant. Les réunions familiales sont aussi des temps propices à la mémorisation car ce sont des temps que l’on partage, en général, avec des gens qu’on aime, où il se passe des choses spéciales et où nous sommes à l’honneur, touchés par ce qui se passe, on aura donc tendance à s’en souvenir plus facilement. Le fait de mettre en jeu notre mémoire cristallise la longévité dont parlait Richard Dawkins quand il listait les facteurs de propagation des mèmes, accompagnés de la fécondité et de la fidélité. Pour la fécondité, qui est un facteur bien plus puissant dans la force de propagation, une des raisons pour lesquelles les mèmes (mais également légendes et rumeurs) survivent dans l’environnement social est qu’elle apporte de l’information.
Ils sont vrais, ou au moins plausibles, mais surtout ils contiennent de l’information utile, pratique, ou portent de la morale sociale. Les rumeurs se propagent parce que les gens désirent « comprendre simplement des évènements compliqués ». Les rumeurs se propagent quand « il y a une demande insatisfaite d’information » et disparaissent quand « les nouvelles tombent ou que l’approvisionnement devient adéquat ». On observe cette éternelle insatisfaction de réponse plausible également lorsque nous sommes confrontés  à des théories du complot, qui constituent une sorte de rumeur. Les folkloristes s’accordent à dire que les légendes apportent de l’information : «Les gens disent et écoutent des légendes pas seulement pour se divertir, mais aussi car elles semblent transmettre de l’information pertinente, vraie, ou digne d’intérêts » (Brunvand, 1981, p11)

Cependant, les rapports aux aspects informationnels et émotionnels ne sont pas les seuls éléments à prendre en compte pour faire courir un bruit. Une sélection émotionnelle s’opère aussi chez les possesseurs de l’information, cette émotion aura tendance à exagérer l’information lors de sa transmission. Les émotions selectionnées se divisent en deux catégories : les positives et les négatives. Les émotions positives seront souvent plus facile à transmettre que les négatives. Dans mon précédent article « Communication procédurale », j’évoquais la chaine d’e-mails qu’il fallait transmettre à ses amis pour recevoir jusqu’à 1000$ de la part de Bill Gates. Cette rumeur  donne l’illusion aux gens qu’ils ont des effets positifs sur eux-mêmes et leur entourage et qu’ils croient que le monde est un espace généreux où de bonnes choses arrivent à ceux qui sont bons. Aussi, la chaine d’e-mails a une forte valeur d’échange car les personnes qui transmettent l’information permettent à leurs amis d’avoir un moment d’espoir et de bonne humeur au cours d’une journée de travail parfois ennuyeuse.

Il est ici question du capital social (au sens sociologique du terme) qu’un individu entretient par différents moyens. La reconnaissance des autres pour un individu au sein d’un réseau interpersonnel  se justifie par ce qu’il exprime au sein du groupe. Il parait évident que pour être apprécié des autres, l’individu va exprimer des choses qui risquent d’être elles même appréciées. Par effet d’association d’idée, l’individu acquiert un soi social qui l’amène à construire une identité en s’appuyant sur un processus d’autocatégorisation. Ce processus est, selon John Turner, le désir de maintenir une image de soi positive, en s’identifiant à un groupe auquel on aimerait être associé d’une manière ou d’une autre (même en n’ayant aucun contact avec les membres de ce groupe).

Ceci explique en partie pourquoi la vidéo amateur la plus vue est Charlie Bit My Finger, une vidéo de deux frères de un et trois ans, dont le plus petit mord le doigt que lui tend son ainé. C’est simple, humain, drôle, et surtout mignon. Montrer à un groupe une vidéo comme celle-ci revient à lui dire quelque chose comme : «Regardez ce que je vous montre, et puisque c’est moi qui vous le montre, regardez moi à travers ça. » Tous les ans, les vidéos amateurs les plus vues sur Youtube sont constituées en majorité de bébés, d’enfants, de chats, de blagues et de danses, avec parfois des combinaisons entre ces différents éléments. Pourquoi ? Parce qu’elle sont positives, attisent la sympathie et/ou la protection. Konrad Lorenz a étudié la séduction chez les vivants, et a établi une liste de ce qu’on considère mignon : un petit corps avec une grosse tête, de grands yeux, et des caractéristiques corporelle rondes et douces. Bref, quand un humain voit ce qui ressemble à un bébé, ses neurones s’activent dans les noyaux accumbens de son cerveau, zone qui joue un rôle important dans le système de récompense, de la peur, de la dépendance, du rire, et du plaisir.

Se l’approprier pour le propager.

Walter Benjamin évoque dans « l’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique » qu’avec l’arrivée des techniques de reproduction d’images telle que la photographie « la main se trouva déchargée des tâches artistiques les plus importantes, lesquelles désormais furent réservées à l’œil. Et comme l’œil saisit plus vite que la main ne dessine, la reproduction des images put se faire désormais à un rythme si accéléré qu’elle parvint à suivre la cadence de la parole. »
Suivre la cadence de la parole, on retrouve là le but affiché par le design leur interface de certains site web participatif, dont les réseaux sociaux constituent une majoritaire partie. Twitter en tête, conçu pour que la cadence de la parole suive un rythme éfreiné : d’une part limiter les messages à 140 caractères pousse l’accélération de sa diffusion, vite écrire pour être vite lu. Les imageboards tel que 4chan sont d’abord fait pour poster des images plutôt que du texte, et très souvent une image vaut mille mots. D’autre part chaque « prise de parole » est accompagnée de la fonction « répéter » (nommée par exemple « retweeter » ou « reblog » pour les sites de micro-blogging à l’instar de Tumblr). En un clic les utilisateurs ont la possibilité de répéter ce qu’un autre a dit, sans même avoir à l’écrire. L’œil saisit plus vite que la main, et avec les réseaux sociaux, dont Twitter en est un bon exemple, la main va encore plus vite que la bouche. La « cadence de la parole » de Walter Benjamin est plus rapide dans notre monde connecté qu’elle ne l’était en 1935, au moment ou Benjamin écrivit ces lignes.

Celà dit, il faut rappeler que le langage, qu’il soit oral ou visuel a toujours été plus rapide que n’importe quel autre moyen pour diffuser et transmettre des informations. Comme le dit Michel Serres dans une conférence donnée à l’inria sur les nouvelles technologies, de tout temps il a existé des systèmes capables d’émettre, stocker, et retransmettre de l’information, que ces systèmes soient vivants ou machiniques. Les « nouvelles » technologies n’ont rien inventé. Même pour des diffusions rapides et sur des très longues distances : Il existe un témoignage de Jules César dans ses commentaires sur la guerre des Gaules, où il évoque que quand il envoie des cavaliers parcourir une distance relative à Paris-Nice pour porter des messages vers Rome depuis le sud de la France, il s’apercevait que les Gaulois avaient déjà l’information au moment où son cavalier arrivait à destination. César a découvert que dès qu’ils avaient une information, les Gaulois se plaçaient sur une colline ou une éminence et criaient dans les seizes directions de la rosace jusqu’à être sur que l’information soit reçue car l’éminence voisine pouvait lui répéter. Et d’éminence en éminence, l’information courrait plus vite que le cheval. Certainement une des première forme de bouche à oreille…
Autre exemple de télécommunication en réseaux, lors de la guerre punique : Hannibal recevait de la part des carthaginois des informations sous forme de feux émis d’ilot en ilot pouvant ainsi faire le tour de la Méditerranée.

Mais revenons à l’époque de la création de contenu culturel reproductible techniquement. Dans les années 1920, le cinéma s’installe comme une industrie culturelle de masse. Le 7ème art se créé en adaptant le théâtre avec la photographie et la musique. Il ne remplace aucune œuvre d’art, c’est « simplement » une hybridation de différentes formes de culture populaire, ouvrant ainsi un nouveau champ des possibles d’expression artistique. Par ce mélange s’opère a fortiori une réappropriation des différentes formes artistique que le cinéma englobe. L’architecture juridique a toujours due s’adapter à ces phases plus ou moins sauvage de réappropriation d’un art dans un autre, les premiers temps du cinéma se caractérisent aussi par le vol ou le plagiat de formes, de technique ou de contenus. L’appropriation d’une œuvre dans une autre peut être de deux sortes : soit de l’ordre conceptuel, symbolique, comme pour une citation ou la connotation d’une référence esthétique, ou bien de l’ordre opératoire, où la technique d’appropriation est directe et se confronte au droit légitime pour son exploitation commerciale.
Presque un siècle après la naissance du cinéma, c’est au tour d’internet et particulièrement du web interactif d’inaugurer un changement de paradigme d’une amplitude équivalente, voir plus grande.
En 1990 quand Tim Berners-Lee invente une application possible du réseau internet au doux nom de « world wide web », les notions de partage, d’usage social et de non-hiérarchisation de l’information en sont les fondements. Au début des années 2000 les biens culturels qui jusque là circulaient de manière relativement bien réglé connaissent une nouvelle fluidité. Les informations que les Gaulois se transmettaient au sein d’un réseau de collines sont désormais des biens culturels que l’on s’envoie d’ordinateurs en ordinateurs.

Avec l’essor du web, un ensemble de plate-formes vont donner aux internautes des capacités étendues pour agrémenter ce nouvel espace de contenus culturels et interagir avec. Une étape significative est d’abord franchie en 1999 avec l’apparition de Blogger et Napster puis Wikipedia en 2001, Youtube en 2005, pour ne citer que les principaux acteurs.
Ces plate-formes de partage de contenus vont alimenter l’idée du « culte des amateurs » chère a Andrew Keen, Jaron Lanier ou Nicholas Carr…
Outre l’accès à des ressources en quantité exponentielle (100 heures de vidéo sont mises en ligne chaque minute sur YouTube), les sites de partage de contenu comme les blogs personnels favorisent également un nouveau modèle énonciatif: celui de la conversation.
Lorsqu’un commentaire (pouvant faire naitre une conversation) accompagne un contenu, elle participe à la promotion de celui-ci, elle l’enrichie. Les indications chiffrées qui accompagnent chaque contenu sur ces plateformes (comme le nombre de vues, le nombre de « likes » ou « dislikes », le nombre de commentaires) sont une forme de récompense, dans le jeu participatif proposé par ces outils interactifs. L’égalité et la réciprocité de l’interaction ont fait de la conversation un modèle de production culturelle. La diffusion virale a établi l’appropriation comme principale condition des circulations culturelles. Une appropriation n’est rien d’autre que l’imitation d’un contenu sur un autre contenu. L’imitation est un acte qui découle généralement de l’appropriation, mais il y a également l’acte de collaborer qui est très présent dans l’idée de s’approprier quelque chose.
l’appropriation peut prendre différentes formes, ça peut être des « covers » (version personnelle d’un morceau de musique) ou des « remixes », « mash-ups », des détournements, des parodies (qui vont généralement donner les mèmes internet, où l’on voit une répétition formelle fréquemment décontextualisée). Internet est un espace de jeu qui permet, grâce au pouvoir de l’anonymat ou du masque de l’avatar/pseudo l’expression collective de la satire et du second degré. Comme autrefois le Carnaval, on y voit de la transgression toléré.
Le Gangnam Style ou le « non mais allo quoi ! » de Nabilla ne sont que du terreau fertile pour des imitations sous forme de parodies, de détournements et autres pastiches. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la maison de disque de Psy a délibérément décider de ne pas poursuivre tous ceux qui reprenaient leur œuvre sans leur accord. Ils ont compris qu’il était plus rentable de laisser l’œuvre au public plutôt que de chercher à la « protéger ». Car au final, toutes les imitations renvoient vers leur source, l’original. Ça ne peut être que bénéfique pour le capital social du créateur de l’original, comme pour celui de l’imitateur, qui surfe sur le succès de l’original dont il participe. L’écosystème numérique fait des objets culturels des objets dignes d’attention que s’ils sont partageable, ils n’ont pas raison d’être si on ne peut se les réapproprier. De surcroit, ils participent à l’économie de l’attention, qui consiste a river les yeux de la foule vers un produit de consommation, par le moyen de la publicité. À ce sujet nous pouvons citer Bernard Stiegler : « Le 20eme siècle a été un siècle de la captation de l’attention par des moyens industriels. Siècle qui a commencé par le cinéma, puis la radio, la télévision, et ce qu’on appelle désormais les nouveaux médias (incarné entre autre par le mobile et la tablette), plus de captation, de manière permanente. Commencé il y a un siècle avec les industries culturelles. Industries qui ont pour but de capter l’attention pour la vendre a des annonceurs, ils ont absolument besoin de cette fonction pour vivre dans la société. »

Genèse et définition du mème.

Cet article a pour but d’expliquer d’où vient le terme « mème », ce qu’il veut dire, comment et pourquoi il a été démocratisé grâce à internet.

« Mème » a été proposé pour la première fois par Richard Dawkins au chapitre 11 du Gène égoïste (1976) et provient d’une association entre gène et mimesis (du grec « imitation »). Les particularités de l’homme peut se résumer en un mot : « la culture ». Pour Dawkins la transmission culturelle est similaire à la transmission génétique dans la mesure où, bien qu’elle soit fondamentalement conservatrice, elle peut donner lieu à une forme d’évolution. Il prend par exemple le langage qui semble évoluer, en rapellant que Rabelais ne pourrait converser avec un français contemporain, même si ils étaient unis par une chaine de vingt générations de français, dont chacun pourrait parler à son voisin. Dawkins se considère comme un Darwiniste enthousiaste, mais pense que les théories darwiniennes peuvent s’appliquer à d’autres contextes que celle de l’évolution génétique. Le Gène n’est pour Dawkins qu’une analogie, rien de plus. Ce qu’il y a de si particulier dans les gènes c’est que ce sont des réplicateurs, et Dawkins pense que certains principes de biologie peuvent avoir des valeurs universelles.

Richard Dawkins dit que l’on peut trouver des mèmes dans la musique, les idées, les phrases clées, la mode vestimentaire, « la manière de faire des pots ou de construire des arches » et donc évidement dans la production graphique. Bref, à peu près tout ce que l’homme peut faire pour exprimer, exterioriser et transmettre une idée, avec sa bouche, ses mains et ses outils.

Comme pour les gènes qui se propagent dans ce qu’il appelle « le pool gènique » par les biais des spermatozoïdes et des ovocytes, les mèmes se propagent dans le pool des mèmes « en sautant de cerveau en cerveau par un processus qui, au sens large pourrait être qualifié d’imitation ». Dawkins cite ensuite son collègue N.K. Humphrey : « les mèmes devraient être considérés techniquement comme des structures vivantes, et non comme de simples métaphores. Lorsque vous plantez un mème fertile dans mon esprit, vous parasitez littéralement mon cerveau, le transformant ainsi comme un véhicule destiné à propager le mème, exactement comme un virus peut parasiter le mécanisme génétique d’une cellule hôte. Ce n’est pas seulement une façon de parler. Le mème pour, par exemple « la croyance de la vie après la mort » existe physiquement à plusieur millions d’exemplaires, comme l’est une structure dans le système nerveux humain. »

L’idée même de Dieu se réplique par la tradition orale et écrite, avec, en plus, la musique et les arts. Ce mème est très persistant dans le corps social car il fournit une réponse plausible à des questions profondes et troublantes sur l’existence, sa survie est aussi dûe à l’effet psychologique qu’elle a sur ses porteurs.

L’imitation au sens large est la façon dont les mèmes peuvent se répliquer, mais tous ne se répliquent pas correctement, certains mèmes réussissent mieux que d’autres. C’est typique de la sélection naturelle.
Longévité, fécondité et fidélité de la copie sont les trois points clés pour la propagation d’une mème, comme pour un gène.

    • La longévité est la notion la moins importante, pour n’importe quelle copie. Un air de musique que je connais par cœur comme « joyeux anniversaire » ou « ce n’est qu’un au-revoir » n’existera que pendant la durée ou j’aurais la capacité de me le remémorer, ce qui je l’espère sera le cas tout au long de mon existence.
    • La fécondité d’une copie est plus important pour la survie d’un mème que la longévité d’une copie particulière. Les tallons aiguilles, ou les chansons populaires sont des exemples de mèmes qui réalisent de forts succès mais sont relativement brefs, comparés à des lois religieuses qui peuvent se perpétuer pendant des milliers d’années, notamment à cause de la pérennité des écrits.
    • La fidélité de la copie indique si un réplicateur est bon ou pas. À priori à chaque transmission, l’idée est toujours un petit peu transformée, la répétition implique forcément la variation (Cf. Gabriel Tarde, un des premiers chapitre des « lois de l’imitation », ou « différence et répétition » de Deleuze).

Le mème se modifie à mesure de sa propagation, ce qui semble être l’opposé du « tout ou rien » tel qu’on le voit dans les gènes. Cependant si l’on s’y penche de plus près, l’héritage génétique mutent également, Dawkins prend dans sont chapitre sur les nouveaux réplicateurs la taille humaine ou la couleur de la peau. Malgré le métissage de la peau d’une personne, les gènes restent particuliers. Seulement ils sont tellement nombreux à s’occuper du teint de la peau qu’ils semblent fusionner.

Le contenu d’une seule unité mémique ne peut pas être connu dans sa totalité : Si un chant constitue un seul mème, combien de mèmes représentent une symphonie ? Un mème peut-il être un mouvement, une mesure, un accord ?
Si une image constitue un mème, l’est-il du fait de sa composition formelle, des couleurs employées, de la typographie utilisée ?
Les mèmes sont comme les gènes, divisibles en plus petites unités génétiques, et les unités en unités. Ils ne sont pas définis de manière rigide mais comme unité pratique où la taille du chromosome donne une copie suffisament fidèle pour etre viable pour la selection naturelle.
Richard Dawkins prend pour exemple ses contemporains scientifiques qui croient tous à la théorie de Darwin, mais ils n’ont pas tous gravé dans leurs cerveaux une copie exacte de ce que Darwin a écrit. Ils ont appris sa théorie à partir d’écrits plus récents, et chaque individu à sa manière d’interpréter la théorie de Darwin. Tant est si bien que si Darwin lisait un Darwiniste il reconnaitrait à peine sa théorie.
« Les différences résidant dans la façon dont les gens se représentent la théorie ne font alors, par définition, pas partie du mème. Si la théorie peut se diviser en éléments tel que des gens croient en l’élément A et non en l’élément B, et que d’autres croient en B et non en A, il faudrait considérer A et B comme des mèmes différents. Par contre si presque tout le monde croient en A et en B ( si les mèmes sont étroitement liés, pour reprendre le terme génétique) il convient de les réunir en un seul mème.

Sur un mème internet, ce sont donc les associations de différents éléments qui constituent un seul mème. Par exemple le caractère impact (élément A) en blanc (élément B) par dessus une photo ou une illustration (élément C).

Crowdsourcing …(Crowdwatching)… Crowdfunding

Contrairement à la télévision ou la radio, internet est un médium sur lequel le récepteur peut se voir. Évidement on ne se voit pas sur le web comme on voit notre corps dans l’espace physique. Nous nous construisons sur les réseaux sociaux une identité que l’on doit assumer publiquement, qu’elle soit proche ou non de celle que nous avons physiquement. Il s’agit là d’un reflet, un profil, un aperçu de l’individu que certains laissent apparaitre, et d’autres montrent ostensiblement. Ok pour la partie « profil » que les utilisateurs créent et entretiennent eux-mêmes, mais il y a un autre moyen de se voir sur internet, notamment par les traces que nous laissons. Le web n’est d’ailleurs qu’une somme de toutes les traces laissées par ses utilisateurs. Même sans forcément créer du contenu, nous laissons des traces par simple navigation. Nous ne nous en rendons pas toujours (voir rarement) compte mais la moindre page consultée peut retenir notre passage, savoir d’où nous venons (car un lien sur la page web précédente nous a emmené à la page actuelle) et où nous sommes susceptibles d’aller car d’autres liens nous y emmènent. Même au-delà du web, nos actions et présences sont visibles sur le réseau, ces traces doivent être perçues par l’ensemble des utilisateurs car il en va du bon fonctionnement du service. Imaginez Msn messenger, Skype, sans voir la présence « en ligne » d’autres utilisateurs, un tracker de torrents sans le nombre de seeders ou Youtube sans le nombre de vues des vidéos, Facebook ou Instagram sans les likes, Tweeter sans les re-tweets…
Lorsque nous voyons une photo ou une vidéo sur un réseau social, elle est toujours accompagnée des traces des autres utilisateurs qui comme nous ont consulté l’image, certains ont même commenté ce qu’ils y voyaient. On a là une représentation d’une foule d’anonymes dont les regards convergent vers la même chose, et à travers cette chose la personne qui l’émet.

C’est bien connu, « le monde attire le monde ». C’est un fait établi dans le monde physique (« afk« ), qui se vérifie dans les espaces numériques. La représentation du monde est devenue indispensable dans notre pratique d’internet. Prenons par exemple le téléchargement en P2P (Peers to Peers, c’est à dire de « pairs à pairs ») sorte de « cyber-troc » que notre génération a découvert avec des logiciels comme Kazaa puis Emule, puis Limewire et aujourd’hui sur des sites dit « trackers » de torrents comme « thepiratebay » pour le plus connu d’entre eux. Sur les interfaces de ces logiciels, le nom du contenu qu’on est sur le point de télécharger est toujours accompagné du nombre de seeders (donneurs) et de leechers (preneurs). Ces nombres qui accompagnent chaque contenu nous indiquent le potentiel de rapidité d’obtention du fichier. À l’instar de tous les systèmes de distribution, plus il y a de donneurs, plus l’obtention est rapide, mais plus il y a de preneurs moins celle-ci est rapide. Et pour que le système se perpetue, les preneurs doivent à leur tour devenir donneurs. Évidement, quand on se retrouve face à une liste de fichiers téléchargeables, comme lorsque nous sommes dans une rue pleine de restaurants, nous allons choisir celui qui semble être le meilleur, et pour cela notre instinct grégaire est guidé par la foule qui peuple un restaurant, ou propose le téléchargement d’un fichier. C’est d’ailleurs à travers des plateformes telle que Kazaa que Jean Dujardin s’est fait connaitre dans les cours d’école, son gimmick « je t’ai cassé » ultra-reproductible avec son geste associé participait activement à un bouche à oreilles qui se répercutait lui-même sur le nombre de seeders.

Aujourd’hui nous sommes habitués à voir des chiffres associés à des contenus accessible sur internet qu’ils soient audio, vidéo et même écrit. La « e-réputation » ne se base que là-dessus, les chiffres. Sauf que aujourd’hui l’accès au contenu n’est plus le même, les plateformes de P2P laissent place aux plateformes de streaming, Megaupload est passé par là, qui a progressivement modifié nos habitudes de consommation de contenus. Les lois ont changées, et ce sont aujourd’hui les plateformes de streaming qui sont devenus l’accès standard aux contenus audiovisuels, Youtube en tête. Mais les chiffres, eux sont restés. À l’époque du P2P, les chiffres de « e-réputation » (seed/leech) déterminait la facilité d’accès au contenu, dont on pouvait ensuite déduire à peu près le nombre de vues. À l’époque du streaming, puisque l’accès au contenu est immédiat, la « e-réputation » ne traduit que le nombre de vues. Qu’est-ce que cela a changé sur le contenu et sur notre perception de celui-ci ? Je pense que ça a déplacé les seeders. La démarche d’un seeder qui uploadait du contenu sur Kazaa est devenues celle d’un créateur de contenu sur Youtube, un Youtuber. Quand aux leechers, ils ont disparus, du moins, ils n’entravent plus l’accès au contenu, au contraire ils peuvent la faciliter en la partageant (ils deviennent alors des curateurs) mais pour la majorité d’entre eux sont devenus de simples viewers, la « e-reputation » c’est eux.

Dans le scope francophone : hier Jean Dujardin sur Kazaa, aujourd’hui Norman sur Youtube, mais dans tous les cas la boucle « bouches à oreilles – foule de seeders/viewers » est bouclée.

À tel point que les chiffres qui participent à la « e-reputation » fait émerger un nouveau modèle économique, où le créateur de contenu est rémunéré au pro-rata du nombre de vues par vidéo, nombre d’abonnés par chaîne, où Google se place en intermédiaire direct entre le créateur et son public, il lui donne même des conseils sur ses productions audiovisuelles, une version pdf est également disponible…(il le fait aussi pour le design d’interfaces). Ces conseils vont bien sûr influencer l’esthétique et le contenu en général de la production. Ce qui est considéré par Youtube comme sa qualité en somme. On retrouve donc un effet de mimétisme dû à l’autorité que Youtube a sur ses créateurs de contenus, après tout, les créateurs n’auraient pas la réputation qu’ils ont sans Youtube, alors autant suivre ses conseils.

Internet kill the tv stars

La télévision n’est pas vulgaire, obscène ou bête parce que les individus qui en constituent le public seraient vulgaire et bêtes. La télévision est ce qu’elle est simplement parce que les individus se ressemblent beaucoup dans leur vulgarité, leur obscénité et leur bêtise alors que leurs goûts raffinés, esthétiques et nobles les différencient.

David Foster Wallace cité dans « la longue traine » de Chris Anderson.

On peut remarquer quelque chose d’intéressant sur les médias télévisés actuels (ce soir je suis chez des amis et je découvre « Rising Star, la finale » (je n’ai pas la télé chez moi)). Notez que le télé-crochet « Rising Star » a très certainement inspiré l’épisode 2 de la saison 1 de la série « Black Mirror », que je recommande fortement, voir cet article de l’obs pour plus d’info, on y évoque notamment la « social tv » . On retrouve dans les programmes tv des mécaniques propre aux média internet : le principe des votes n’est pas nouveau, cependant on retrouve dans cette émission tous les ingrédients qu’un spectateur peut avoir comme interaction sur internet. En effet, après avoir téléchargé une application sur leur smartphone pour voter, les spectateurs retrouvent sur le bord gauche de l’écran télé une jauge sur laquelle un pourcentage augmente en fonction des votes effectués. Il y a même un son par dessus le chant quand il y a un grand nombre de votes d’un coup. Finalement, je ne sais pas si les gens sont plus attirés par la prestation du candidat que de celle de la progression hypnotique de la jauge qui augmente grâce aux spectateurs. Autre chose remarquable : Une fois la prestation terminée, les votant peuvent voir leur photo défiler sur la droite de l’écran de télé si ils ont mis une photo d’eux sur l’application qui sert à voter.

Là encore, comme pour le nombre de vues/likes sur Youtube ou Facebook, on a une représentation visuelle, l’idée de foule. Une foule qui vote pour élire une nouvelle star. La représentation du téléspectateur au même endroit (l’écran de télévision) que la chanteuse ou le présentateur, lui donne l’impression d’être au même rang qu’eux. L’impression d’horizontalité sociale est rétablie par cette preuve à l’écran, qui va pousser le spectateur à vouloir prendre le pouvoir qu’il croit avoir sur le sort de ce qu’il regarde. Il aura le sentiment d’appartenir à cette communauté, d’être en mesure de collaborer,  de décider du sort des candidats. Cette porosité hiérarchique entre les utilisateurs et les créateurs de contenus est visible sur des plates-formes web telles que Imgur ou toujours Youtube. Sur Imgur, il s’agit d’un gif qu’un utilisateur avait téléversé sur le site, il eut tellement de succès qu’il fût utilisé par les développeurs sur toutes les pages où s’opérait un temps de chargement. Quant à Youtube, c’est le célèbre Nyan Cat qui fut utilisé pour indiquer le déroulement de la vidéo.